Yv

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Je lis, je lis, je lis, depuis longtemps. De tout, mais essentiellement des romans. Pas très original, mais peu de lectures "médiatiques". Mon vrai plaisir est de découvrir des auteurs et/ou des éditeurs peu connus et qui valent le coup.

Prix du Masque de l'année français

Le Masque

8,50
par
28 juin 2022

Deuxième tome des aventures du notaire, de sa grand-mère et de Nadget ex-journaliste devenue instragrameuse-influenceuse et qui va, elle aussi, reprendre du service au sein du commando ultra-secret. Et le moins que je puisse écrire, c'est que cette aventure ne sera pas de tout repos. Après l'excellent Minuit dans le jardin du manoir, JC Portes place cette fois-ci son groupe dans les arcanes de la Françafrique, tout cela autour d'un masque sacré censé donner le pouvoir à qui l'arbore. Les coups par dessous, les manipulations, chantages, extorsions, enlèvements, séquestrations, empoisonnement se suivent et s'enchaînent à un rythme qui ne laisse que peu de répit. Le Groupe du Manoir est omniprésent, Denis et Colette en tête, mais aussi Nadget qui prend des risques au grand dam de Denis, très amoureux-qui-n'ose-pas-se-dévoiler, sans oublier les deux octogénaires Momo le geek et Raoul, qui, pour ceux qui ne le connaissent pas ne fait pas dans la diplomatie, mais travaille davantage dans la férocité, à coup de lattes.

Tout cela pour dire que c'est un livre vachement bien, qu'il est drôle, très rythmé, qu'il met en scène des méchants très méchants et des gentils pas toujours très gentils, un Denis un peu naïf et très amoureux mais qui est efficace au bon moment, une Colette inénarrable, une petite bonne femme qui régente tout le monde et ne s'en laisse pas compter. Ne boudons pas notre plaisir, l'actualité n'est pas vraiment rose, alors changeons-nous les idées quelques instants, ce roman et si je puis donner un conseil, les deux premiers tomes de la série, sont d'excellent exutoires à la morosité ambiante.

14,50
par
14 juin 2022

Ne lisez point trop autour de ce livre remarquable, courez l'acheter ou si vous l'avez déjà, ne traînez pas, lisez-le. 110 pages, ça va vite et c'est un long monologue du jeune homme qui attend un procès. Il parle à son avocat commis d'office et au psychiatre détaché par le tribunal. On ne sait pas trop au début les raisons de son enfermement, il les explique à ses deux visiteurs.

Jeune homme en Tunisie post-révolution, il vit avec un père universitaire, fainéant, qui ne s'intéresse qu'à sa voiture et frappe sa femme et ses enfants. L'archétype de l'homme autoritaire tel que la société tunisienne en produit, qui doit se faire servir et respecter dans sa maison. Il livre ses réflexions, son amour de la lecture qui l'a sauvé, lui permet de vivre malgré la violence : "Des gens qui savent lire au pays, il y en a à la pelle, mais que lisent-ils, dites-moi ? Que dalle, pour l'écrasante majorité. Elle est fâchée avec les livres, il faut se l'avouer. Vous connaissez ce proverbe ? La parole de nos ancêtres ? Elli kraw métou : ceux qui ont lu sont morts eux-aussi. Oh, mes aïeux ! Lire ne donne pas de pouvoir, lire ne sauve pas ? Cela ne fait aucune différence, on finit toujours les deux pieds devant ? Ok, lire ne rend pas immortel, je vous l'accorde, mais ça rend moins con, et ça, c'est déjà beaucoup." (p.20)

Puis sa réflexion s'étend à la société tunisienne, qui, malgré la révolution, ne satisfait ni ne permet aux Tunisiens de s'épanouir : "On a quand même gagné la démocratie ? La belle affaire ! Avant, on avait la peste, maintenant, on a le choix entre la peste et le choléra. Avant, on avait les quarante voleurs, maintenant on en a quarante mille." (p.69). Lucide et amer, il sait qu'il n'a rien à espérer de son pays ni des autres, sauf de Bella qui le tient debout.

C'est un court roman, fort, direct, comme si nous étions avec le jeune détenu et qu'il nous exposait ses pensées et son histoire. Très bien écrit, il se lit assez vite, même s'il vaut mieux prendre son temps, pour rester dans l'ambiance et avec le narrateur que l'aon aimerait avoir rencontré dans d'autres circonstances.

Marco Pianelli

Jigal

19,00
par
14 juin 2022

Ouh la, ça dépote, ça décoiffe, ça envoie du lourd, ça déménage ! Action survitaminée à toutes les pages. Et m'est avis que ce n'est pas si simple en écriture qu'en cinéma. Marco Pianelli s'en sort très haut la main si l'on aime le genre et même si sans y adhérer totalement, comme moi, on prend le risque e commencer son livre, car, ferré et totalement et pris par le rythme, l'intrigue et les personnages, il devient difficile d'en sortir. C'est violent, évidemment, dur, parfois à la limite du supportable pour une petite âme sensible comme la mienne, mais quel bouquin !

Mano Lander, ex Paco Sabian rencontré dans le précédent roman de l'auteur L'ombre de la nuit, change d'identité pour brouiller les pistes et empêcher quiconque de remonter à lui. Son personnage est un peu développé dans ce roman, au moins les raisons qui l'ont poussé sur la route à aider la veuve et les orphelins. C'est un solitaire sur-entraîné et prêt à tout. Aucun scrupule, aucune attache, mais il est bien sympathique quand même, il vaut mieux l'avoir dans son camp que contre soi.

Je n'ai pas pu résister à lire quasiment en une traite ce roman très noir, brutal. Autant je n'aime pas les films de gros bras, répétitifs et convenus voire conformistes et moralisateurs, autant ce roman est une vraie dose d'adrénaline sans bouger du canapé. En outre, il évite les écueils du cinéma, et sait poser des questions sur la société, son hyper connectivité, sa violence, son chacun pour soi, sa fin inéluctable : "La décadence des plus grandes civilisations s'enracinait dans leur grandeur, quand la faiblesse en leur sein les y prédestinait." (p.222)

Et le lecteur romantique que je suis -on ne rigole pas- de se prendre à rêver d'une happy end tout en redoutant le tragique. Qu'adviendra-t-il ?

par
14 juin 2022

Deuxième roman de Boris Marme, fort bien construit, car si l'on sait dès le début, dès le prologue titré "Rien qu'un épilogue", qu'un drame s'est déroulé, on ne sait pas lequel et la suite du roman est la montée en tension vers l'acmé, le tragique. Très bien fait donc, mais long, j'eusse préféré que le séjour de deux semaines détaillé jour par jour ne durât qu'une semaine ou que les journées de 24 heures n'en fissent que 12. Un peu plus de trois cents pages pour un roman qui, condensé eût été quasi parfait, tendu du début à la fin.

Cette remarque mise à part, j'ai bien aimé l'histoire et sa construction, ça vous l'aviez compris, mais aussi le soin apporté aux personnages, des ados en plein questionnements et souhaits de dépasser les limites. Si Étienne et Jessy sont les plus décrits, les autres ne sont pas en reste, et le groupe est crédible, réaliste. C'est un roman initiatique qui met en scène des jeunes gens qui, sans cesse, se cherchent, doutent, se jaugent, se jugent et veulent surpasser l'autre pour exister.

Boris Marme donne une image fidèle des années 90, la musique, la société, les préoccupations de adultes et des adolescents, le racisme, la montée du front national, le sexisme... tout ce qui, trente ans plus tard, est toujours d'actualité.

Le texte de Boris Marme est beau, très bien écrit, qui varie les niveaux de langage, lorsqu'il passe par exemple des dialogues au récit. Travaillé, fluide, il coule très agréablement. Franchement, mise à part ma réserve du début -c'est mon côté grincheux-, j'ai trouvé ce roman excellent sur tous les plans. Un écrivain à découvrir et dont je cite les premières phrases, histoire de mettre en appétit :

"J'imagine que l'alerte fut donnée aux alentours de 8 heures. Les trois moniteurs prévinrent finalement les gendarmes.

Ils avaient sans doute pensé pouvoir régler ça eux-mêmes, ils avaient attendu une bonne partie de la nuit, avec les jumeaux, les deux seuls qui n'avaient pas participé à la mutinerie, attendu au pied de la montagne, plus agacés qu'autre chose par nos comportement de p'tits cons, déterminés à nous laisser nous démerder et à prendre les mesures qui s'imposeraient pour régler cette affaire." (p.9)

Francis Groff

Weyrich

19,00
par
8 juin 2022

Toujours très sympathiques ces enquêtes avec Stanislas Barberian, c'est ici la cinquième, après Morts sur la Sambre, Vade retro, Félicien !, Orange sanguine et Waterloo, mortelle plaine. Francis Groff nous fait la visite des lieux, Liège de part en part ainsi que son histoire et l'histoire de la guillotine en Belgique. C'est très instructif, jamais ennuyeux, sérieusement mais légèrement mené, car si Stanislas est un fervent travailleur, passionné par les livres, l'histoire et les rencontres de ses pairs et au-delà, il ne dédaigne jamais une petite blague ni une bonne soirée arrosée. Entre Belges, autour d'une trappiste, l'ambiance est souvent légère.

Pour cette enquête liégeoise, Stanislas sera davantage une oreille attentive et à l’affût qu'un véritable enquêteur. Il saura cette fois-ci se faire apprécier de la maréchaussée locale ce qui n'est pas toujours le cas dans les autres enquêtes. Comme toujours avec les romans policiers de Francis Groff, le voyage est agréable et l'on n'a guère envie qu'il se termine, alors, on fait durer un peu le plaisir. Et de se demander où Stanislas nous emmènera la prochaine fois, je connais peu la Belgique, n'y suis allé qu'une seule fois et ai beaucoup apprécié mon séjour, et l'envie d'y retourner me prend à chaque fois que j'ouvre un livre de la belle collection Noir corbeau. Icelui débute ainsi :

"Toute l'eau du ciel semblait s'être concentrée dans un gigantesque entonnoir dont la pointe vomissait des torrents de pluie sur le quartier de Cointe, juste au-dessus de la gare des Guillemins. Depuis des jours, la Belgique était plongée dans un chaos liquide qui dévastait les vallées et ravageait des villages entiers." (p.9)