Elia L.

par (Libraire)
25 juillet 2021

Au-delà de la barbarie militaire créatrice de spectres et du traumatisme d’un enfant, Akira Mizubayashi trace de sa délicate et très pudique écriture un chemin de reconstruction par la musique, la beauté de l’artisanat et l’amour filial.
Ou comment permettre aux fantômes d’aller jusqu’au bout de leur mort.

E.

Roman

Actes Sud

24,00
par (Libraire)
25 juillet 2021

Un vent de Grand-Ouest américain!

Du Missouri en Oregon, plusieurs familles et quelques électrons libres forment une caravane en exil: emportant leurs biens les plus précieux, ils charrient avec eux des rêves de Terre promise, sans barrière ni dessin, qu’il faudra disputer aux Indiens et aux animaux sauvages.
C’est un grand corps qui se déploie et serpente: saisi de violence, pétri de contradictions, perclus de fatigue, chacun de ses membres tente de faire Société.

Ernest Haycox, auteur chéri d’Hemingway, installe avec brio le lecteur au coin de leurs feux, à hauteur d’encolure de cheval, ou sur un fragile radeau de rondins, et ne cesse de titiller ses personnages là où ça gratte: entre la vadrouille et le groupe, l’individu et la morale.

Notons, ce qui ne gâche rien, un véritable respect pour la culture et la complexité de ces êtres (notamment pour les Indiens, démarche plus rare à l’époque) et une peinture redoutable de la condition féminine.

Publié en 1952, à titre posthume, Les Pionniers est enfin un grand récit de Nature brute, épaisse, presque asphyxiante.

Du grand WESTERN!

E.

Actes Sud

9,90
par (Libraire)
3 juillet 2021

Pour une raison ignorée de tous, l'air sur Terre, chargé de gaz toxiques, est devenu irrespirable. L'humanité se réduit à peau de chagrin: quelques milliers de survivants cohabitent dans un immense silo enterré de 144 étages , tout de fer et d'acier.
À chaque niveau de l'habitacle sa corporation, son utilité collective. Le but de chacun: servir le bien commun. Cette micro société, véritable poudrière, est régie par des lois strictes et toute personne qui songe à les remettre en question se retrouve illico dénoncée et expulsée à la surface.
Mais le ou la condamné.e, juste avant de se consumer, ne manque jamais de nettoyer les caméras qui capturent des images de l'extérieur. Et toute la population de grimper (certains pendants des jours) l'unique escalier hélicoïdal pour venir contempler le spectacle renouvelé du Dehors, diffusé sur écrans géants à l'étage des dignitaires!

Mais voici que quelques un.e.s se mettent à douter...

Les êtres, aux caractères bien trempés, sont assez proches de la figure; le rythme, soutenu par des chapitres courts, est enlevé; les charnières du récit bien huilées au suspense. Enfermement, complot, violence de classes, défiance, débrouillardise et insurrection sont au rendez-vous dans ce désormais Classique de la Science-fiction.

Je recommande chaudement (mais avant de plonger, prenez une bonne goulée d'air)!

E.

par (Libraire)
4 avril 2021

Inspirer. En grand. Il va vous en falloir.
"Au bout d'un moment j'ai craqué et j'ai pleuré et pleuré encore je n'arrêtais plus de pleurer les infirmières me prenaient dans leurs bras et une a pleuré aussi et je me disais c'est étonnant qu'il y ait tant de femmes gentilles et que pas une n'a pu être ma mère."
Dévorer, en apnée, les 237 pages. N'inspirer de nouveau qu'une fois refermé. Un bon coup et pour de bon.
Étrange sentiment que celui qui monte à la lecture de cette redoutable confidence. Le barrage avait tous les signes du désastre et le voici qui craque, et Duke narre sa vie comme l'on arrache les points de suture d'une vilaine plaie pour que le pus s'écoule.
Il le fait sans s'arrêter, sans auto-compassion, sans jugement, et quasi sans ponctuation.
Par ce qu'il a d'inéluctable et de violent, ce récit m'évoque Blast, de Manu Larcenet. Il en a également le sens des silences et l'art poétique de la suspension.
On dit chez les chamanes qu'il est possible de perdre des bouts de son âme sous les coups du sort: notre narrateur a pris des uppercuts toute sa vie, et il tente dans un ultime élan de tisser les derniers lambeaux de lui-même pour faire Corps, et dire "le Démon", afin de le tuer.
L'Enfer est vide, et tous les diables sont ici.

Don Winslow repousse les frontières du polar

HarperCollins

10,90
par (Libraire)
4 avril 2021

Vous êtes à la recherche d’un polar haletant qui, tel un bon coup de machette, ouvre une brèche (bien) bien noire dans laquelle vous engouffrer?
La trilogie de Don Winslow, La Griffe du chien, Cartel et La Frontière me semble toute adaptée.

Art Keller, policier de l’unité anti-drogue aux USA, en est le protagoniste malmené, mais l’intrigue est tentaculaire et la galerie de personnages immense. Un fil rouge certes, mais tant de ramifications: à l’image des mille têtes de l’hydre, le Roi de cartel émerge où le précédent meurt (rarement dans son sommeil) et les déflagrations courent sur un si vaste territoire, des confins de l’Amérique latine à la Maison Blanche!
Dans cette trilogie au goût de sang, à l’intrigue shakespearienne, on côtoie sur 2300 pages des êtres en lutte: pour sauver leur peau, leur peuple, leurs fidèles, leur âme ou leurs trafics.

C’est une toile immense que tisse Don Winslow: celle de la lutte contre la drogue et son marché aux États-Unis et au Mexique, et ce sur une période d’une cinquantaine d’années.
De l’ingérence assassine et cupide de la grande puissance du Nord aux jeux de trône redoutable du Sud, il n’épargne personne et décrypte au scalpel les arcanes du pouvoir.

Son œuvre, qu’il a mis deux décennies à écrire, puise dans un réel malheureusement toujours brûlant d’actualité (à tel point qu’il a reçu des menaces de mort à la parution du deuxième tome). Il cite et remercie d’ailleurs à la fin de chaque ouvrage le travail titanesque des journalistes dont il s’est inspiré.

On est ici à la lisière entre fiction et documentaire, dans une démarche un peu similaire à celle des créateurs de la série télévisuelle The Wire, avec un supplément bains d’acides et coups d’états.

À coeur vaillant -bien accroché, rien d’impossible!

Bonne lecture!